Haies, bandes fleuries, bordures de champs… Réinventer l’agriculture pour protéger la biodiversité

« Les rencontres Homme Nature », c’est un nouveau cycle de conférences, organisé en plein Paris par la Fondation François Sommer. L’objectif ? Réunir chercheurs, auteurs, naturalistes et experts autour de questions scientifiques majeures qui interrogent le rapport de l’Homme à la Nature. Rendez-vous mercredi 12 avril prochain à 19h dans l’auditorium François Sommer pour débattre sur l’agriculture et la biodiversité ! Conférence gratuite, sur réservation.

Du fait des activités humaines, l’érosion de la biodiversité au niveau mondial est aujourd’hui une réalité. Elle a notamment pour cause l’agriculture intensive : changement d’usage des terres, agrandissement des parcelles agricoles, disparition des habitats et des haies… Sans oublier la pollution par l’usage des pesticides, une des causes principales du déclin des invertébrés terrestres (insectes pollinisateurs, prédateurs de ravageurs) ainsi que des oiseaux – moins 30% enregistrés en milieu agricole par exemple entre 1989 et 2019, selon le suivi temporel des Oiseaux communs.

Les progrès de l’après-guerre et le besoin de nourrir les populations ont conduit à ce modèle d’agriculture plus productiviste, mais les impasses techniques se multiplient désormais. De la réglementation sanitaire à l’interdiction d’usage de certaines molécules de synthèse en passant par l’apparition de résistances chez certains ravageurs.

Existe-t-il des solutions et des bonnes pratiques à mettre en place pour réinventer une agriculture respectueuse de la biodiversité, capable de nourrir une population à plus de 80% urbaine en France ? Depuis les années 1990, la communauté scientifique y travaille. Comment les chercheurs et les agriculteurs peuvent-ils collaborer en ce sens ?

Haies, bandes fleuries, bordures de champs... Réinventer une agriculture qui protège la biodiversité.
Crédit : Fondation François Sommer – Pôle Nature / Xavier Catherinet / Image de Wirestock sur Freepik

La haie, la bande fleurie ou la bordure de champs sont, parmi d’autres aménagements, au cœur des débats pour héberger la biodiversité. Elles doivent se combiner avec des pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement. Elles permettent notamment le retour d’insectes pollinisateurs, d’oiseaux et d’une petite faune. Comment ? Pourquoi l’agriculteur peut-il en tirer un avantage ?

Dans ce contexte, il est urgent d’agir ! Ecoutons ce que ces scientifiques, ces auteurs et ces acteurs de terrain ont à nous proposer pour une agriculture plus raisonnée et durable :

  • Antoine Gardarin, enseignant-chercheur en agronomie et agroécologie à l’INRAE Palaiseau, spécialiste des bandes fleuries.
  • Chloé Swiderski, ingénieure agriculture et biodiversité pour l’association Hommes et Territoires, spécialiste des bordures de champs.
  • Nicolas Harter, directeur de l’association ReNArd et naturaliste.
  • Thierry de l’Escaille, secrétaire général d’European Landowner’s Organization (ELO).

Une rencontre-débat animée par Eric de La Chesnais, journaliste au Figaro, spécialiste de l’agriculture, exploitant en Mayenne et co-auteur du livre « Agriculture : les raisons d’un désespoir » (éditions Plon).

Infos pratiques : Comment venir ?

Quelques mots sur les intervenants de cette rencontre-débat…

Antoine Gardarin est enseignant-chercheur à l’UMR Agronomie (INRAE-AgroParisTech-Université Paris-Saclay). Il étudie notamment les effets des aménagements écologiques (bandes fleuries, redécoupage des parcelles…) et de différents modes de production (agriculture de conservation des sols, biologique ou conventionnelle) sur la biodiversité et les services qu’elle rend. Comment ? Grâce à un réseau de 32 agriculteurs pionniers dans ces domaines en France. Plus d’informations ici ou sur Youtube.

« Dans les champs de ces agriculteurs pionniers, la présence de bandes fleuries tend à limiter la présence des insectes ravageurs. C’est un outil, parmi d’autres, pour construire l’agriculture de demain. »

Chloé Swiderski est ingénieure agriculture et biodiversité pour l’association Hommes et Territoires. Spécialiste des  bordures extérieures de champs, elle anime un réseau d’acteurs qui travaillent à sensibiliser à l’intérêt agroécologique de ces infrastructures et développe des solutions techniques (aménagements, conseils, diagnostics) pour accompagner les agriculteurs vers une meilleure gestion de ces espaces si utiles à la biodiversité. Plus d’informations.

« Les bordures de champs structurent nos paysages et nous pouvons travailler dessus concrètement. Pour être résilient, un éventail de solutions existe. Il faut miser sur ce que sait faire la nature, diversifier aussi, pour que l’agriculture encaisse mieux les aléas climatiques. »

Nicolas Harter est directeur de l’association ReNArd (Regroupement des Naturalistes ARdennais). Il œuvre dans les Ardennes, à replacer la biodiversité au cœur du travail de l’agriculteur. Comment ? En co-construisant des solutions avec les naturalistes et les agriculteurs ardennais.   Pour en savoir plus.

« Pour sortir de notre système agricole actuel, il faut casser le poids des habitudes, sortir des méthodes qui marchaient bien jusqu’à aujourd’hui, mais qui sont aujourd’hui destructrices… Mais encore faut-il en prendre conscience ! Elles existent : réintroduire de la haie, de la bande fleurie, restaurer les mares, travailler le sol sans labour, aider à l’élaboration de plans de gestion… »

Nicolas Harter, RENARD.

Thierry de l’Escaille est président d’European Landowner’s Organization (ELO). Cette organisation à but non lucratif, basée à Bruxelles, représente les propriétaires gestionnaires de terres rurales au sein de l‘Union Européenne, parmi lesquels de nombreux agriculteurs. Exploitant agricole en Belgique et en France, il dispose d’un regard transversal et européen, de la renaturation aux questions relatives à la Politique Agricole Commune (PAC), des initiatives concrètes qui fleurissent partout jusqu’aux subventions publiques.

« Les bandes fleuries sont des outils connus depuis longtemps, mais il en existe bien d’autres pour agir : renaturation de terres agricoles peu productives, aides publiques, abandon des pesticides… Il faut tous les pratiquer avec intelligence ! »

Thierry de l'Escaille, ELO.

Les prochaines rencontres Homme Nature : à vos agendas !

31 Mai 2023 – sur la bioacoustique avec Nicolas Mathevon, professeur des universités à l’Université de Saint-Etienne, spécialiste du langage des animaux et lauréat du Prix Scientifique Homme Nature François Sommer 2022.

28 Septembre 2023 – sur l’histoire de la protection des oiseaux. Une rencontre organisée avec la Société Nationale de Protection de la Nature (SNPN) et l’Association pour l’Histoire de la Protection de la Nature et de l’Environnement dans le cadre du colloque « Défendre la nature », marquant les 100 ans du 1er Congrès international pour la protection de la nature (Paris, 1923).

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