L’anthropologue Nastassja Martin lauréate du prix François Sommer

Récompensant un auteur dont l’ouvrage “renouvelle la pensée sur les relations de l’homme et de la nature”, le prix François Sommer a été décerné ce vendredi 24 octobre à l’anthropologue Nastassja Martin pour “Croire aux fauves”, récit de son attaque par un ours aux confins de la Sibérie.

Un après-midi d’août 2015 dans les montages du Kamchatka, dans le sud-est de la Russie, Nastassja Martin a eu la tête engloutie par la gueule fétide d’un ours. Sa mâchoire a été fracassée par ses crocs. Sa jambe, labourée par les puissantes griffes du plantigrade, est en charpie…

“Ce jour-là, le 25 août 2015, l’événement n’est pas: un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du Kamtchatka. L’événement est: un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent”, écrit Nastassja Martin, 34 ans, dans son livre publié en octobre dernier aux éditions Verticales (Gallimard).

Spécialiste des peuples autochtones du Grand Nord – elle est l’auteure d’un superbe essai, “Les âmes sauvages”, sur les Gwich’ins, une population de chasseurs-pêcheurs vivant dans le nord-est de l’Alaska et menacée par l’exploitation minière de leur territoire -, passionnée par la pensée animiste, elle affirme que sa “rencontre” avec l’ours lui a permis d’atteindre “un espace liminaire entre l’humain et le non-humain ”, de faire la “rencontre de l’entre-deux-mondes”.

En lisant ce récit d’une lente reconstruction on songe parfois au “Lambeau” de Philippe Lançon. Tous deux sont revenus d’entre les morts. Devenue “moitié femme moitié ours”, l’anthropologue nous invite à réfléchir sinon à changer notre rapport au vivant.

Le prix François Sommer, créé en 1980, est doté de 15.000 euros.

(avec AFP)  Photo : Sandrine Roudeix

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