Roussettes, chasse et prédateurs introduits en Nouvelle-Calédonie

Contexte

Dans un contexte d’érosion rapide de la Biodiversité, il est crucial d’opérer une priorisation des espèces à enjeux et de mettre en œuvre des mesures de gestion conservatoires efficaces, sur la base d’évidences scientifiques robustes. Les roussettes réparties sur îles du Pacifique et de l’Océan Indien, (syn.: renards volants; Pteropus sp.) font face actuellement à la destruction de leurs habitats et à la pression d’espèces invasives (compétitrices ou prédatrices). Surtout, ces espèces subissent une pression de prélèvements croissante, la chasse à but commercial et des campagnes d’abattage massif pour des raisons sanitaires ou de protection de cultures fruitières s’ajoutant à la chasse traditionnelle.

Il en résulte que 28 des 53 espèces de Pteropus à répartition insulaire sont considérées comme menacées d’extinction à divers degrés par l’IUCN, alors que 7 espèces sont d’ores et déjà éteintes. A l’instar des autres populations de roussettes, les deux espèces de grandes roussettes présentes en Nouvelle-Calédonie, P. ornatus et P. tonganus, jouent un rôle écologique essentiel en assurant la pollinisation et la dispersion de plantes, parfois de manière unique pour certaines espèces, au sein des forêts tropicales par ailleurs sujettes à une fragmentation croissante. Mais les roussettes néo-calédoniennes sont également un élément clé de la culture mélanésienne, en tant qu’aliment majeur de la fête de l’igname (principale fête kanak), élément constitutif de la monnaie ancestrale ou encore en tant que totem de certains clans. A la chasse traditionnelle s’ajoutent une chasse de loisirs, mais également du braconnage, pour un prélèvement total estimé à 160 000 roussettes annuellement. Le suivi d’un réseau de gîtes diurnes regroupant les deux espèces, mis en place depuis 7 années par l’Institut Agronomique néo-Calédonien (IAC), suggère une diminution sensible des effectifs.

Objectifs

L’objectif ultime du projet est d’assurer la durabilité de la chasse à la roussette en Nouvelle-Calédonie. Pour ce faire, nous proposons de mettre en œuvre une gestion adaptative des roussettes, intégrant l’ensemble des parties prenantes (institutions provinciales et coutumières, fédération des chasseurs, associations de protection de la nature et scientifiques), pour proposer la mise en place rapide de mesures de gestion cynégétique et d’un protocole de suivi à même d’en vérifier l’efficacité à moyen terme. La réussite d’une telle approche repose sur l’obtention de données précises sur la mortalité, d’origine anthropique comme naturelle, et sur les mouvements des individus à l’échelle de la Nouvelle-Calédonie. De telles données sont particulièrement difficiles à acquérir du fait du caractère craintif des roussettes, mais aussi de leur très grande mobilité. Ainsi l’obtention de données démographiques spatialisées nécessite l’équipement d’un nombre important de roussettes (une centaine) avec des balises GPS permettant la récupération des données sans recapture des animaux.

Le projet

Les porteurs de projets assureront le déploiement de 80 balises GPS, ces données de haute résolution, alliées aux comptages réalisés sur un réseau de gîtes sentinelles déjà mis en place et que nous proposons de renforcer, alimenteront un modèle de dynamique de populations, dont les prédictions serviront à guider la gestion (définition de e.g. moratoire à des échelles temporelle et spatiale définies, de quotas) de manière itérative. Les modalités de gestion pourront être révisées régulièrement, sur la base des résultats obtenus et transférés de manière transparente par l’équipe scientifique, par l’ensemble des parties prenantes et de manière collaborative. A terme, nous espérons transférer cette expérience de gestion adaptative d’espèces chassés d’une part à d’autres espèces emblématiques de la Nouvelle-Calédonie (e.g. Carpohage géant, tortues marines) et d’autre part à d’autres régions des océans Pacifique et Indien où la problématique roussettes est importante.

Structure porteuse et partenaires

Ce projet est porté par l’Institut Agronomique néo-Calédonien (IAC) en partenariat avec l’Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Ecologie marine et continentale (IMBE, Aix Marseille Université), l’Institut de recherche pour le développement de Nouméa, la fédération de la faune et de la chasse de Nouvelle-Calédonie, l’Association pour la conservation des Chauves-Souris de la Nouvelle Calédonie, le conservatoire des Espaces Naturels de Nouvelle-Calédonie et le Centre d’initiation pour l’Environnement de Nouvelle-Calédonie.

Partenaire principal

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