Quantifier le déclin de la biodiversité

Le déclin de la biodiversité constitue désormais une question sociétale majeure. Les politiques de conservation intéressent aussi bien le grand public que les décideurs, et les médias se font régulièrement l’écho de l’ampleur de la crise. Pourtant, seules les espèces bien étudiées, comme les oiseaux et les grands mammifères, bénéficient d’une évaluation de leur statut de conservation. Moins de 5% des espèces connues sont classées dans la Liste Rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN)1, et le statut de la plus grande partie de la biodiversité multicellulaire, en particulier la quasi-totalité des invertébrés, reste inconnu. En particulier, seules 866 espèces sont officiellement déclarées éteintes depuis le XVIème siècle, sur près de 2 millions d’espèces connues. Il est en effet très difficile de prouver qu’une espèce qui n’est plus observée est réellement éteinte. Dans ce contexte, avec des données très incomplètes sur la plupart des espèces, comment fournir une image précise de la sixième crise d’extinction ? Comment réaliser l’indispensable hiérarchisation des priorités de conservation, compte tenu de ressources humaines et financières limitées ?

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Le projet propose une approche innovante permettant de quantifier le statut de conservation d’une espèce. A partir de données beaucoup plus aisées à obtenir que les informations démographiques et géographiques habituellement utilisées : des données d’occurrences issues des collections des muséums et des données de séquençage génomique. Les chercheurs associés au projet (mathématiciens, bioinformaticiens, systématiciens et écologues développeront des indicateurs statistiques permettant d’en extraire automatiquement un statut de conservation. En premier lieu, les deux types de données seront produits et analysés sur quatre groupes tests pour lesquels nous bénéficions d’expertise taxonomique et qui illustrent des situations variées en termes de conservation : (1) des insectes pollinisateurs, victimes emblématiques de l’intensification de l’agriculture ; (2) une moule d’eau douce, qui compte parmi les invertébrés les plus menacés d’Europe ; (3) des oiseaux pour lesquels existent des données de suivi depuis plusieurs décennies, permettant de connaître précisément les tendances démographiques (contrôles positifs et négatifs) ; (4) des grands singes pour lesquels de nombreuses données génomiques sont déjà disponibles.

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L’ambition du projet à long terme est d’offrir à tous les acteurs de la conservation une plateforme web dédiée basée sur les outils et les résultats développés dans ce projet. Elle permettra d’évaluer le statut de toute espèce pour laquelle des données d’occurrence ou de génome sont disponibles, en particulier dans des bases publiques comme le GBIF ou Genbank. En prenant en compte les espèces habituellement oubliées, nos modèles apporteront un éclairage nouveau sur la crise de la biodiversité, et fourniront des prédictions à l’échelle régionale ou globale pour divers taxons et habitats. Cela facilitera la hiérarchisation des priorités d’action et rendra ainsi plus efficaces les politiques de conservation.
Ce projet est porté par le Muséum National d’Histoire Naturelle en partenariat avec l’Institut de Systématique, Evolution, Biodoversité (ISYEB), unité du CNRS du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN), le Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation (CESCO), unité du CNRS du MNHN et avec le Centre Interdisciplinaire de Recherche en Biologie (CIRB), unité de recherche du Collège de France.