Archéologie des garennes médiévales

Contexte

Dans un contexte où l’exploitation forestière et les activités cynégétiques sont parfois mal comprises par le grand public, et parfois opposées à la protection de l’environnement, il semble nécessaire de replacer ces questions sur un temps long en montrant que la biodiversité et la variété des paysages s’inscrit dans un temps long, associant étroitement les hommes et leurs milieux. Le contexte de la labellisation Forêt d’Exception© de la forêt domaniale de Compiègne est l’occasion d’approfondir des recherches et de communiquer auprès des acteurs du territoire comme du grand public.

Les anciens parcs à gibier (garennes à lapins et parquets à faisans) ont récemment fait l’objet d’études exploratoires. Ces travaux, basés sur la confrontation d’images LiDAR avec la documentation historique et des études de sols, ont pu montrer l’intérêt d’une étude beaucoup plus approfondie de ces espaces à vocation cynégétique (Larratte 2015, Buridant et al. 2016).

Les garennes à lapins, probablement actives entre le XIIIe et le XVe siècle, semblent présenter une densité de mottes à connils pour le moment inconnue en Europe continentale (plus d’une vingtaine de mottes recensées). Quelques mottes ont déjà été fouillées en Grande-Bretagne et dans le centre de la France, mais aucune jusqu’à présent dans la France du Nord. Les études pédoanthracologiques menées sur l’une de ces garennes ont montré des cortèges d’espèces plus larges que ceux rencontrés actuellement, avec de nombreux fruitiers, mais les datations 14C mériteraient d’être affinées (Feiss 2016). Les études de sols, elles aussi exploratoires, ont pu montrer l’importance des teneurs en phosphore des sols des garennes, et le maintien d’importantes teneurs en azote des sols des parquets à faisans.

Le projet

Ce projet de recherche sur les anciennes garennes médiévales vise à croiser des méthodes archéologiques, archéoenvironnementales et géohistoriques pour montrer que la diversité des pratiques de chasse médiévales et modernes a généré une diversité des milieux, en validant l’hypothèse que la biodiversité actuelle puise ses origines dans les rapports anciens entre l’homme et le milieu. Il privilégie un site exceptionnel (garennes royales) par sa surface et la densité des traces archéologiques encore présentes. Il prévoit une phase de prospection (analyse et traitement d’images LiDAR, prospection géophysique et prospection pédestre), une phase de fouilles, nécessaire pour comprendre l’organisation interne des mottes (galeries de pierre) et mettre à jour des écofacts : ossements d’animaux, excréments, charbons de bois, graines, pollens, et une phase d’analyse archéoenvironnementale, qui dépendra des données collectées.

L’objectif nettement affirmé est de faire des garennes de la forêt de Compiègne un laboratoire en matière d’études archéoenvironnementales, qui puisse montrer le lien étroit entre les anciens aménagements cynégétiques et la biodiversité passée et actuelle.

Structure porteuse et partenaires

Ce projet est porté par l’Université de Picardie Jules Verne, Unité EDYSAN du CNRS (Ecologie et Dynamique des Systèmes Anthropisés) en partenariat avec l’Office National des Forêts (service archéologiques, Fontainebleau et agence de Compiègne), la Direction régionale de l’action culturelle Hauts de France (DRAC service régional de l’archéologie), Unité mixte du CNRS – Centre Roland Mousnier (Université de Paris IV-Sorbonne).

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